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Les 12 étapes d’un projet de Transition

Issues de l’expérience de Totnes, ces douze étapes sont des lignes générales à adapter à chaque situation. Leur ordre et leur nombre n’est pas définitif. Elles ne constituent pas une recette de A à Z, mais de A à C : c’est juste pour démarrer.

traduit en Français par Kieran ingredients-fr-ver5

 

1) Fonder un groupe initiateur et prévoir dès le départ sa dissolution

Ce groupe s’attachera à lancer l’initiative (étapes 2 à 5). Ensuite, il sera remplacé par un groupe de coordination intégrant des représentants des différents sous-groupes. Il s’agit de s’ouvrir à la diversité à l’issue de la phase de sensibilisation, afin que le groupe soit plus représentatif et qu’il inclue de nouvelles énergies, de nouveaux points de vue. Cela permet aussi de le renforcer et d’éviter l’épuisement des fondateurs. Ces derniers doivent donc être prêts dès le début à passer la main.

Rapidement :
• fixer des objectifs et des principes et les écrire,
• se concentrer sur le processus (organisation, pédagogie, dynamique), plutôt que sur le résultat (la réalité défiera toujours nos prévisions),
• impliquer tout le monde,
• se faire épauler par des facilitateurs ou animateurs expérimentés.

 

2) Sensibiliser

• dire la vérité (pic pétrolier, changement climatique, etc.) sans l’adoucir,
• être positif, proposer un espoir en face,
• laisser aux interlocuteurs des temps pour digérer l’information, qui soit aussi des temps de rencontre .
• s’attendre à des manifestations de « stress du pic »,
• demander à un élu de faire partie des personnes qui seront amenées à commenter le film (si film il y a),
• idem avec le représentant d’un projet concret et positif,
• interroger les participants sur la manière dont ils voient les choses (par post it ou par forum ouvert).

L’important à ce stade est de commencer à créer les liens et à constituer les réseaux sur lesquels reposera l’initiative.

 

3) Poser les fondations

Sensibiliser les groupes écolo/alternatifs/solidaires, ou autres, existants. Il ne s’agit pas de refaire ce qu’ils ont déjà fait, mais d’en reconnaître l’importance et de les engager dans le processus. Les impliquer dans les réunions publiques et commencer à contacter les élus, les conseils municipaux, de quartier, etc.

 

4) Le grand lancement

Une fois que le travail de sensibilisation et la formation de votre réseau vous paraissent suffisamment avancés, c’est le moment de lancer officiellement l’initiative par un événement public fort.

De quoi s’agit-il ? Ce n’est pas une conférence de plus, mais un point de départ. Il s’agit de célébrer une nouvelle ère, une dynamique collective, de susciter le sentiment de faire partie d’une action en marche.

• À faire quand on sent que l’initiative est mûre, que le sujet commence à être connu et à attirer du monde.
• Inviter largement (publics, associations, autres organisations, élus, presse).
• En faire un moment festif, mais sérieux aussi.
• Faire un retour aux participants et un suivi.
• Contenu large : pic pétrolier, histoire, culture, art. Présentations des projets et associations existants, via des stands, par exemple.
• Ne pas se précipiter pour éviter de faire un four. Il s’agit de frapper fort.

 

5) Refonder le groupe initiateur et lancer des commissions thématiques

C’est le moment de refonder le groupe initial avec de nouveaux entrants. À à ce stade, il devrait y avoir assez de monde pour lancer des commissions thématiques (par exemple : alimentation, énergie, éducation, transports, économie, psychologie du changement, etc.).

• Lancer chaque commission par un événement susceptible d’attirer du monde.
• Chaque commission a un bureau et, si possible, un représentant dans le groupe de pilotage.
• Attirer des personnes nouvelles, notamment des personnes compétentes ou des professionnels, bien sûr aussi les citoyens.
• Créer une vision sur le thème concerné.
• Former les animateurs du groupe et des commissions.
• Quand ils existent, s’appuyer sur les associations ou projets existants plutôt que créer une commission.

 

6) Utiliser la technique des forums ouverts

Ce sont des réunions sans ordre du jour, ni animateur, ni notes, autour d’un thème générique (par exemple : alimentation, santé, etc.). Comme dit son auteur : « en théorie, ça ne devrait pas marcher, et pourtant ça marche ! ».

Il est utile d’inviter aussi des personnes compétentes ou qui comptent dans le territoire.

 

7) Créer des réalisations visibles et concrètes

C’est une étape à atteindre assez rapidement, afin de montrer que l’initiative n’est pas que du bla-bla, et afin de faire de la pédagogie par l’exemple. S’appuyer sur des réalisations existantes est un plus.
C’est aussi un moyen de souder le groupe et d’entretenir la motivation, de communiquer et de faire parler de la Transition.

Il est préférable de ne pas se lancer dans des projets trop ambitieux au départ, qui anticiperaient trop fortement sur le plan de descente énergétique (risque d’incohérence à l’arrivée) [cela dépend du type de projet].

 

8) Initier la grande « re-qualification »

L’idée fondamentale est que nos qualifications actuelles ne correspondront plus aux besoins, et que nous manquons de celles qui deviendront nécessaires. Proposer une re-qualification est un point majeur d’une l’initiative de Transition (mais il y a là aussi un risque d’anticipation erronée sur les besoins).

• Quelles compétences acquérir ? Une enquête préalable est nécessaire.
• Créer des événements et proposer des formations sur des compétences basiques ou pointues (des idées page 170 du guide).

[C’est un point délicat : on risque d’avancer dans le brouillard. C’est au groupe de Transition d’organiser des formations ?]

 

9) Créer des liens avec les autorités locales

• le plus tôt possible
• connaître leurs actions, leurs documents, leurs projets
• exemple de Totnes, qui a une commission de liaison avec les élus

 

10) Honorer les anciens

Les anciens peuvent nous transmettre leur expérience d’un monde avec moins de pétrole. Il ne s’agit pas d’idéaliser le passé ou de revenir en arrière (la réalité a changé depuis. Il existe aussi des possibilités nouvelles.), mais d’y puiser des idées et de l’optimisme, de constater que vivre avec moins d’énergie n’est pas forcément un mal en soi.

 

11) Laisser les choses suivre leur cours

La fonction de l’initiative est de catalyser et de faciliter l’émergence d’un monde dont nous ne savons encore rien, sous le signe d’une forte incertitude sur ce qui se passera réellement. Il ne s’agit pas de planifier et de s’enfermer dans un scénario trop précis que la réalité risquerait de démentir rapidement.

 

12) Élaborer un plan d’action de descente énergétique

Le seul qui existe est celui de Kinsale. Il s’agissait d’un projet pour les étudiants. Aucun des groupes de Transition existants n’est encore parvenu à ce stade.

Le but n’est pas d’élaborer une sorte de schéma directeur parallèle, mais un guide et une invitation à l’action, de montrer que la transition est réaliste. Une présentation agréable et conviviale est nécessaire.

Un plan de descente énergétique contient la vision du territoire et décrit les étapes de la Transition :

 1. Un état des lieux de la dépendance énergétique locale, notamment aux carburants fossiles.

 2. Étudier les schémas directeurs, plans et statistiques locales ; décider s’ils sont suffisamment pertinents pour en tenir compte.

 3. Élaborer la vision : se projeter dans 20 ans, dans une vie avec beaucoup moins d’émissions de CO2 et d’énergie fossile.

 4. Détailler la vision dans les différentes commissions thématiques.

 5. Établir un « rétroplanning » : quelles conditions, moyens et étapes pour réaliser la Transition.

Trier ce qui est réaliste et ce qui ne l’est pas. Être précis. Pour cela, utiliser les indicateurs de résilience, qui sont :
– l’empreinte écologique du territoire,
– ses émissions de CO2,
– le % d’aliments produits localement,
– l’engagement des collectivités locales,
– l’évolution du trafic local,
– le % d’entreprises appartenant à des locaux,
– la diffusion de la monnaie locale (si elle existe),
– le % d’habitants travaillant localement,
– le % de produits essentiels produits localement, ou à proximité,
– le % de matériaux de construction et d’énergie produits localement,
– le % de médicaments produits à proximité,
– etc.

6. Produire et publier des histoires du futur pour diffuser la vision.

7. Fusionner les rétroplannings des commissions et en assurer la cohérence.

8. Rédiger un avant-projet contenant l’état des lieux, la vision, les étapes et des histoires, à relire par les commissions, des élus et autres.

9. Rédaction finale intégrant les retours de la relecture.

10. Célébrer par une manifestation publique.

 

Au-delà des 12 étapes :

L’étape 12 marque vraiment le début de la Transition : c’est maintenant que les choses sérieuses commencent !